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Sources et Témoignages 

La catégorie 3 « sources et témoignages » regroupe les entrées issues des sources primaires, qui ont été écrites durant toute la période de contact par les européens. On y retrouve des sources espagnoles comme Ramon Pané, moine de l’ordre de Saint Jérôme qui a appris le langage Taino alors qu’il accompagnait Cristophe Colomb lors de son second voyage aux Indes. Son ouvrage, « Relations de l'Histoire Ancienne des Indiens », est le premier écrit sur le continent américain et une source ethnographique majeure sur les sociétés Tainos du début de la colonisation. Lu et relu, cet ouvrage reste plongé dans la confusion et l’ambivalence.

Commandé par Colomb presque comme un rapport d’espionnage, il critique néanmoins la colonisation espagnole, ouvrant la voie à d’autres ouvrages de religieux critiquant la colonisation espagnole comme Bartolomé de las Casas. On ne connaît de son auteur ni la date de naissance, ni la date de mort, et l’ouvrage lui même ne semble pas avoir été remis à Colomb avant 1498, huit ans seulement avant sa mort. S’il parlait bien un langage Taino, on ne sait pas précisément lequel Ramon Pané avait appris, et de las Casas indique que ce n’était pas celui utilisé comme langue commune dans toute l’île. Enfin, le manuscrit original a été perdu, obligeant José Juan Arrom à utiliser des retranscriptions douteuses en italien pour produire la première traduction en anglais de ce texte crucial … en 1978, soit près de 500 ans après son écriture.

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Couverture de "Cuba Primitiva" par Antonio Bachiller en 1883, la plus vieille publication du texte de Ramon Pané ( source Internet Archive, libre de droit https://archive.org/details/cubaprimitivaori00bach/page/n5/mode/2up)

Un contact court et violent 

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Image de variole contractée par des autochtones Nahua au Mexique, tirée du codex Florentin par Bernardino de Sahagn au 16me siècle (Source Wikipédia, domaine public https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:FlorentineCodex_BK12_F54_smallpox.jpg


Ici il nous faut appréhender la temporalité restreinte dans laquelle l’observation par les européens des sociétés caraïbes insulaires autochtones a pris place. Il a fallu à peine quelques décennies aux espagnols et aux français pour effacer par le génocide la présence amérindienne durant leurs poussées impérialistes respectives. Ainsi l’arrivée de Colomb en 1492 provoqua un enchaînement d’évènements rapides, qui eut à Haïti (nom originel de l’île que l’on nomme aujourd’hui Hispaniola), l’effet de réduire la population d’environ un million à moins de cent mille en 1520. De même en Martinique, l’arrivée de Pierre Belain d’Esnambouc en 1635 aboutira dès 1660 à la chute de la population amérindienne de plus de 3000 à quelques centaines.

En l’espace d’une génération donc, les colonisateurs n’eurent que peu de temps pour comprendre et décrire les populations qui leur faisaient face, d’autant plus que l’illettrisme et le mépris pour les amérindiens rendaient cette tâche impossible à la majorité d’entre eux. Ainsi le langage Taïno, en dehors de ses survivances dans les langages européens et créoles, est aujourd’hui éteint irrémédiablement, faute de texte l’ayant inscrit dans l’histoire. Le langage kalinago lui a pu survivre notamment grâce au maintien d’une petite population en Dominique, et au dictionnaire français-caraïbe du père Raymond Breton, publié en 1665.

Une colonisation tardive des Petites Antilles 

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Peinture de la fondation de St-Pierre par d'Esnambuc en 1635, par Théodore Gudin (source wikipédia, libre de droit https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:La_fondation_de_la_Martinique_en_1635.jpg)

Alors que la plupart des sources premières dont nous disposons sont intimement liées au processus colonial et à la religion catholique, une se distingue par son caractère précolonial et laïc, de son titre de parution « Un flibustier dans la mer des Antilles ». Écrit par un auteur anonyme et retrouvé dans une bibliothèque de Carpentras dans le sud de la France, c’est un récit de voyage d’un flibustier daté de 1618 à 1620, qui relate pendant toute la partie médiane du livre non seulement l’apparence et le quotidien des Kalinagos, mais aussi leurs croyances et leur écosystème, les grandes étapes de leur vie et les cérémonies qui les marquent, ainsi que leur pharmacopée et leur alimentation. Cet authentique récit de pirate retrace les périples du capitaine Fleury et ses hommes partis de Dieppe pour aller courser dans le nouveau monde. L'auteur, dont nous ne savons rien, a pris grand soin de décrire avec détail les kalinagos des petites Antilles, chez lesquels il séjourne plus d'un an, le temps de reprendre des forces après une longue famine de l'équipage.

Il y décrit le mode de vie et les coutumes avec grand détail, ainsi que la faune et la flore, les fêtes "cayounage" et la construction des pirogues, le passage à l'âge adulte, au statut de guerrier ou au statut de chef. Il ressort de ces écrits que le rapport précolonial des kalinagos aux navigateurs européens semble cordial et profond, loin des simplifications basées sur une supposée férocité absolue des Kalinagos, et sur la terreur correspondante qu'ils auraient générés chez les navigateurs. L'anonyme semble ainsi porter son attention sur tous les bienfaits, et en particulier sur la question de la nourriture, qu'on peut tirer des amérindiens, tout en allant plus loin, semblant avoir développé une connaissance du language kalinago et avoir appris leurs dieux, qu'il nomme "diables" : Chemin et Mabouya.

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